Si vous avez l’habitude de rédiger sous Windows des documents en utilisant plusieurs applications à la fois, vous avez pu noter l’extrême mauvaise volonté que mettent de nombreux éditeurs « wysiwyg » (Microsoft en particulier) à donner accès à un fichier une fois qu’il est ouvert chez eux. De fait le fichier est verrouillé par l’éditeur et vous ne pouvez absolument pas le modifier dans une autre application. Par exemple si vous traduisez un texte dans une application de traduction et que vous modifiez un tant soit peu votre traduction, vous ne pourrez pas enregistrer cette modification tant que le document traduit sera ouvert dans Word. D’où une perte de temps non négligeable pour fermer le document puis le rouvrir dans Word (ou PowerPoint, Excel et la cohorte des suiveurs moutonniers), et ceci d’autant plus que les dernières versions de MS Office s’obstinent à vous présenter par défaut le dossier Documents quel que soit la localisation du dernier fichier ouvert.

Si cette perte de temps était nécessaire pour éviter une perte d’informations par inadvertance, on l’accepterait sans peine. Cependant un tel concept de verrou est totalement inutile et superfétatoire. L’approche adoptée par Unix et mise en œuvre initialement par Emacs, éditeur conçu rationnellement en vue d’une productivité maximale, est toute différente : vous pouvez sans problème modifier dans une application tierce un fichier ouvert dans Emacs. Quand vous retournerez dans Emacs pour visualiser et modifier manuellement votre fichier, vous voudrez normalement rafraîchir la vue, et pour cela il y a une commande et un raccourci clavier. Si vous oubliez de rafraîchir la copie de monfichier.txt apparaissant sous Emacs et que vous commencez à la modifier, vous aurez immédiatement le message suivant : « monfichier.txt a changé sur le disque, voulez-vous réellement le modifier ? ». Aucun risque donc de faire des bêtises, et un gain de temps appréciable. L’approche des traitements de texte fonctionnant sur Linux, comme OpenOffice Linux, est similaire,  Un grand bravo pour ce logiciel, qui a su là éviter un des écueils du conformisme à la Microsoft en adoptant la philosophie Unix lorsqu’il fonctionne sur ce type de plateformes  (ce n’est hélas pas le cas partout dans OpenOffice).

Un grand bravo aussi et surtout aux concepteurs initiaux de Emacs (dont Richard Stallman, le pape du logiciel libre). Cependant ce logiciel est maintenant menacé par ceux qui en ont hérité la maintenance, et qui ne sont pas épargnés par le virus du conformisme à la Windows. Je recommande à tous ceux qui n’utilisent pas encore GNU Emacs de consacrer quelques heures à son apprentissage. Le tutoriel qui l’accompagne est très bien fait et il y a de nombreuses infos sur le Web, par exemple cette introduction.

Vous aurez tôt fait de doubler votre productivité et vous pourrez faire part de vos remarques et peut-être influer sur les évolutions (pas toujours pertinentes) de ce logiciel en vous rendant  sur le newsgroup alt.comp.emacs, où souvent les développeurs eux-mêmes vous répondront.