Nous connaissons tous ces preux employés municipaux ou heureux propriétaires de coquettes résidences secondaires, déguisés en extra-terrestres et munis d'une sorte de club de golf qui aurait enflé atrocement, s’atteler à la rude mission autrefois dévolue aux animaux domestiques. Peut-être même avons-nous été dérangés dans votre travail ou notre repos par ces bruits inharmonieux. Mais on se dit qu'il faut bien faire ce travail, et que les moyens mécaniques sont plus rapides et plus efficaces que les outils manuels — même s'ils peuvent s'avérer dérangeants pour le voisinage.

Mon expérience est très différente. Sans parler des olibrius qui utilisent ces taille-bordures à moteur pour faucher de grandes surfaces, sans même évoquer l'employé municipal typique qui va faire durer au maximum sa partie de campagne payée par le contribuable, on se rend vite compte à l’observation que les taille-bordures motorisés s’avèrent souvent dans la pratique largement plus lents que les outils traditionnels. Certes, une municipalité d'aujourd'hui s'estimerait déshonorée si elle demandait à ses employés d'utiliser des outils tels que la faux, la faucille ou encore le taille-haie manuel. Sans doute nos dignes employés s'en trouveraient justifiés pour faire la grève, vu que l'homme moderne semble préférer ruiner son dos en se maintenant pendant des heures dans une position non naturelle et irriter ses poumons en respirant d’infects gaz d'échappement que de faire travailler ses muscles. Cependant je peux témoigner, ayant vu des paysans traditionnels manier la faux, que celle ci peut remplacer efficacement le taille-bordure dans au moins 80% des surfaces latérales, la faucille étant utilisée pour la finition dans les espaces très exigus.

Moi-même, à mille lieues d'égaler la maestria de tels agriculteurs qui sont un vrai régal à observer, j'ai pu constater que, muni d'une faux et d'une faucille en bon état, je suis plus rapide que bien des zombies équipés d’un taille bordures à moteur qui nous asphyxient et abusent de notre patience pendant tant de belles heures d’été.

Mais que faire pour le moment à part subir ces innombrables esclaves de la bêtise humaine ? On peut toujours rêver qu'un jour les municipalités comme les particuliers seront conseillés de manière objective et ne confondront plus pub et information. Alors, plutôt que de se comporter comme des moutons, ils feront appel pour tondre leurs pelouses à ces pacifiques animaux, lesquels ne demandent pas mieux.